SORTIE AU FORUM DE BIOETHIQUE

forumA l’occasion du forum de bioéthique qui s’est tenu à Strasbourg la semaine dernière sur le thème du fonctionnement du cerveau, plusieurs classes de Terminale du lycée ont pu assister jeudi 30 janvier à la projection du film Die Welle sur le thème de l’emprise psychologique et à une conférence sur la place du fou dans la société. Le film nous a amené(e)s à nous interroger sur la possibilité de la mise en place d’une dictature de nos jours. Question qui nous a conduits à nous demander quelles seraient les conditions de mise en place d’une telle situation. Et les possibilités  d’y résister.

Nous avons relevé qu’un certain nombre de facteurs sociaux et économiques jouent pour permettre la mise en place d’une dictature. Celle-ci repose sur un mal-être. Il faut qu’un individu soit désabusé par son environnement. Une certaine insatisfaction quant au système politique en place et aux mesures qui en résultent, une frustration face à la constance de cette situation et l’absence d’évolution pourraient conduire à une autocratie. Des facteurs tels qu’un taux de chômage élevé ou un manque d’infrastructures nécessaires à la population, provoquent un énervement et une envie de changement. Les situations politiques instables poussent également les gens à se mettre en quête d’un meneur, de quelqu’un qui serait capable de stabiliser la situation et résoudre leurs problèmes, du moins, en apparence. Il est aussi indispensable que la dictature mette en place un sentiment de communion afin que les membres sentent en eux l’impression d’appartenir à un groupe, les rendant d’autant plus puissants, plus sûrs d’eux. Un individu peut penser qu’il est au-dessus des dangers idéologiques et qu’il est supérieur aux autres parce qu’il fait justement partie d’un groupe qui partage ses idéaux.

Par ailleurs, il y a une autre condition qui mène tout droit vers l’extrémisme : celle de « l’ennemi ultime « . L’idée que tous les problèmes quotidiens, qu’ils soient d’ordre économiques, sociologiques, politiques, planétaires, etc., sont l’œuvre d’un seul et unique facteur dont il est nécessaire de se débarrasser afin d’atteindre un idéal. Pour Hitler, par exemple, les juifs, étaient responsables du manque d’emploi car ils les prenaient aux allemands. Les gens adhèrent à l’endoctrinement car le système dans lequel ils évoluent ne leur convient plus et que, dans leur empressement et leur avidité à trouver du changement, ils sont prêts à accepter n’importe qui ou n’importe quoi. Un homme sans modèle, à qui aucune règle n’est jamais fixée, peut se sentir perdu et cherche alors en n’importe quel autre homme le leader dont il a besoin pour guider sa vie. Plus que de réellement adhérer à la cause de quelque dictateur par conviction, la majorité des gens le font à cause du pouvoir de persuasion de ce leader charismatique, ou se mettent à y croire juste pour ne pas être mis à l’écart et être considéré comme un paria.

Ils peuvent également y adhérer par simplicité, car il est plus simple de suivre un « effet de mode » et de suivre son voisin que de se poser la question du bien-fondé de ce qui est dit ou fait. Les belles promesses et les beaux discours donnent envie aux gens de le croire et ce faisant, ils ferment les yeux sur les défauts pour se focaliser sur les aspects positifs des changements apportés. De plus, les dictateurs profitent de la faiblesse et de la crédulité des hommes pour les manipuler. Pour reprendre l’idée précédente, les gens peuvent aussi adhérer à un endoctrinement car celui-ci crée une certaine cohésion sociale, il crée un lien, peut-être même une communauté et l’homme est un animal politique, il a besoin de la communauté, de la société pour exister et « être bien ».

Ainsi, l’endoctrinement peut être adopté par besoin de l’autre, à cause du vide de sa propre existence. Il existe deux formes de résistances face à la dictature et à l’endoctrinement, la résistance active ou plus connue sous le terme de résistance armée et la résistance passive. La résistance passive peut être active dans le sens où elle peut mener des actions non violentes. La résistance active est connue pour mener des actions armées, faire sauter les ponts, les trains, les bâtiments (comme durant les guerres mondiales), tuer des gens. La résistance passive elle, se fait sans arme. Son action a pourtant toute son importance, et si elle est bien moins radicale, elle marque autant les esprits que la résistance armée. La distribution de tracts, qui peut être considérée comme de la résistance active (l’exemple de Sophie Scholl, résistante allemande de la Seconde guerre Mondiale guillotinée après avoir distribué massivement des tracts, dans son université, critiquant Hitler et le régime est un des exemples les plus connus dans cette ’branche’ de la résistance), la protection des personnes menacées (là encore, le cas des Justes qui cachèrent les juifs pendant la Seconde guerre Mondiale), proposer l’accès à l’information réelle, ou tout simplement, le fait de remettre en question les actes et les dires, le fait de réfléchir et de s’interroger sur les actions des gens au pouvoir est une façon de résister, et de ne pas juste accepter ce qu’on impose.

Cependant, il est extrêmement difficile de s’opposer à une dictature et de résister, lorsque celle-ci est mise en place et qu’elle a pris racine. Dans ce sens, le nom du film Die Welle (la vague) est très éclairant : la dictature est semblable à une vague ; se déchaînant contre les rochers, enrôlant dans son mouvement ceux qui suivent, ceux qui sont en osmose avec elle, les surfeurs. A contrario, engloutissant, entraînant au fond des eaux abyssales et sombres ceux qui la prennent à contre-sens, ceux qui s’y opposent, noyés par la masse dominante. Dans  la vague, il est impossible de ne pas être englouti à moins de suivre son mouvement ou d’être assez lourd pour rester debout. Le poids est celui des convictions, des idéaux, de l’habitude de réfléchir à ce qu’est vraiment la liberté qui seule nous permet, comme le rappelle Hannah Arendt, de ne pas sombrer dans la banalité du mal.

Alyssa BRUMBTER , Célia CRIQUI , Margot RODRIGUES